ÉTAT DES LIEUX


Paysage-Laboratoire contre Paysage-Image

Le paysage, considéré non pas comme genre mais comme terrain abstrait d’expérimentation est depuis quelques années au centre de ma recherche.
Chercher à prendre le regard dans la tension entre l’armature du tableau, son « squelette » et le travail de la couleur: sa saturation, sa force pulsionnelle plus que figurative.
Privilégier la vision à l’observation, ce qui advient à ce qui se présente.
Trouver une organisation de l’espace, un saisissement à travers une lumière non réaliste et une palette volontairement restreinte. La toile perçue comme un bloc: masse, géométrie, densité de la couleur, doit affronter l’épreuve de la peinture: frontalité, profondeur, iconographie.
Je me prête au jeu de l’assemblage en utilisant des motifs récurrents ( champs, arbres, traverses, cailloux, roches…) et l’expérience du regard face au tableau est alors de l’ordre du regard « accident ». Le paysage existe parce qu’il est là devant nos yeux, mais il n’est pas possible de savoir ce que l’on va y trouver de prime abord. L’ordonnancement sans cesse différent des motifs fait entrer le « paysage » dans un mouvement complexe de transformations qui font du lieu un non-lieu; une pure construction mentale.
J’essaye de faire du tableau un lieu d’affrontement et de contradiction formelles qui vont tracer des lignes de tension: tension entre la stridence et la surdité de la couleur, entre la géométrie et sa défaite, entre la figure et l’abstrait, entre le chaud et le froid.


Isabel Duperray, décembre 2008